By jeanmarcmorandini.com
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Vous ne comptez plus les moutons mais vos calories pour vous endormir ? L'obsession du bien-être, une maladie ?


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Deux spécialistes des comportements s'inquiètent des dérives de cette quête permanente du bien-être dans un livre récemment traduit en français. "Vous êtes accro à la salle de sport ? Vous ne comptez plus les moutons mais vos calories pour vous endormir ? Vous vous sentez coupable de ne pas être suffisamment heureux, et ce malgré tous vos efforts ? Alors vous souffrez sûrement du syndrome du bien-être.  Tel est le diagnostic établi par Carl Cederström et André Spicer.  L'un des auteurs, Carl Cederström, a accordé un entretien à Top Santé .

Ils montrent dans ce livre comment la recherche du bien-être optimal, loin de produire les effets bénéfiques vantés tous azimuts, provoque un sentiment de mal-être et participe du repli sur soi. Ils analysent de multiples cas symptomatiques, comme ceux des fanatiques de la santé en quête du régime alimentaire idéal, des employés qui débutent leur journée par un footing ou par une séance de fitness, des adeptes du   quantified self  qui mesurent – gadgets et applications à l’appui – chacun de leurs faits et gestes, y compris les plus intimes… 

"Le bien-être est évidemment un état agréable et il n'est pas question de le rejeter. C'est sa recherche permanente, devenue presque une obligation dans certains milieux, qui nous semble poser problème. Si vous êtes accro au footing du dimanche et maintenant aussi du mercredi, si en plus vous ne savez plus choisir un plat sans compter les calories qu'il va vous apporter, si vous vous sentez coupable de ne pas manger au moins cinq fruits et légumes par jour et si, malgré tous vos efforts, vous vous sentez nul de ne pas être toujours positif dans la vie, vous êtes sans doute atteint de cette tyrannie du bien-être que nous qualifions de « syndrome du bien-être »"

Dans ce monde inquiétant, la bonne santé devient un impératif moral, le désir de transformation de soi remplace la volonté de changement social, la culpabilisation des récalcitrants est un des grands axes des politiques publiques, et la pensée positive empêche tout véritable discours critique d’exister.

" Aujourd'hui, le bien-être n'apparaît plus seulement comme un idéal auquel nous pouvons librement choisir d'aspirer, mais de plus en plus comme un impératif moral. Cette obsession du bien-être, du bonheur et de la santé parfaite est devenue un phénomène mondial. La publicité, les entreprises, les pouvoirs publics, tout pousse les gens à être minces, sportifs, optimistes... comme si tout dépendait d'eux ! Aussi, quand ils n'y arrivent pas - et on ne peut y parvenir en permanence -, ils se sentent coupables. Les exemples de ce livre montrent les effets pervers de ces règles qu'on s'impose pour aller toujours mieux et qui finissent par transformer notre façon de vivre avec notre corps et avec les autres."

Et de conclure pour lutter contre ce qui pourrait devenir inquiétant.  

"Il est très important de faire une distinction entre être quelqu'un de bien et se sentir bien. Évidemment, ça fait du bien de se sentir bien. Mais cela ne signifie pas que vous êtes moralement quelqu'un de meilleur. Aussi, plutôt que de courir après le bien-être parfait, apprenons plutôt à vivre avec nos limites sans nous sentir coupables. Le bien-être nous appartient sur le plan individuel. Chacun a sa façon d'être heureux. Sachons en tenir compte pour ne pas nous laisser envahir par la norme du moment, et cessons de penser autant à notre forme et à notre moral. Gardons un peu de fraîcheur pour regarder autour de nous.« Le syndrome du bien-être », Carl Cederström et André Spicer, éd. L 'échappée, 15 €


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