By jeanmarcmorandini.com
Santé

Attentat Nice: "En période de guerre, on emploie des techniques médicales de guerre"


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Le Pr Fernand de Peretti, Chef du service de traumatologie du CHU de Nice, raconte dans un entretien au « Quotidien » comment ses équipes ont géré la prise en charge des victimes de l'attentat du 14 juillet.

80 patients ont été opérés depuis jeudi. Ils  avaient des fractures ouvertes ou d'écrasement. 30 sont toujours hospitalisés dans le service.

"Depuis jeudi soir, nous avons opéré dans le service de traumatologie 80 victimes de l'attentat. Une trentaine de patients sont toujours hospitalisés dans le service. Il s'agit pour une majorité d'étrangers, dont des Américains et des Italiens. Il y a aussi quelques enfants. La prise en charge de ces patients s'est faite quasiment en temps réel, grâce à la technique du « damage control ».

Dans la nuit de jeudi à vendredi, nous ne connaissions pas l'intensité du flux de patients, il était impossible d'anticiper l'activité au bloc. En période de guerre, on emploie des techniques médicales de guerre. Cette nuit-là, nous avons donc opéré pour sauver des vies, quitte à prendre une nouvelle fois le patient en charge dans un second temps.

Dans un premier temps, on prenait 10 à 20 minutes par patient. Beaucoup souffraient de fractures ouvertes des membres inférieurs et d'écrasement, propres à la traumatologie routière. Hémostases et poses de fixateurs externes provisoires pour les fractures sont les deux opérations que nous avons pratiquées le plus vite."

Et d'ajouter que ses équipes n'ont jamais feint à leur de voir:  "Les jeunes médecins ont été exemplaires. Jusqu'à ce lundi, la question du repos de sécurité n'a jamais été abordée. Elle ne se posait tout simplement pas. Ce n'est que ce matin que les jeunes praticiens se sont inquiétés auprès de moi de l'aspect médico-légal. Il n'y a eu de toute façon aucune erreur médicale à constater, notamment grâce à la visite permanente dans les services, un autre dispositif que nous avons tout de suite mis en place.

Les patients ont vu aussi leur identité "évoluer" au fil des heures. À leur arrivée, souvent inconscients, ils portaient un numéro d'identification suivi des lettres « PB » pour « plan blanc ». Nous en avons compté 302. Ensuite, on remplaçait cette première identification par un numéro d'admission. Enfin, les patients étaient identifiés par leurs noms. Une surveillance constante a permis d'éviter les erreurs de diagnostic."

Le professeur tient à souligner qu'ils a vu certains de ses collègues à bout de nerfs: "Malgré tout, j'ai vu des anesthésistes et des chirurgiens pleurer à cause de la fatigue mais surtout parce qu'ils se sont retrouvés dans des situations psychologiques inhabituelles. Beaucoup de patients réclamaient leur conjoint, leurs enfants.

Je me suis occupée d'une dame de 60 ans. Polytraumatisée, elle souffrait le martyre. Nous l'avons sédatée très rapidement, mais tout le temps où elle a été consciente, elle nous demandait en boucle :« Où est ma petite fille ? ». Je ne pouvais que lui répondre : « Ne vous en faites pas, nous sommes en train de vous sauver la vie. » Elle a été transférée à Marseille pour des soins de circulation extracorporelle. Son état est des plus précaires. J'aurai cette patiente en mémoire toute ma vie."


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